Nitassinan, 2 décembre 2016 – Dans le contexte actuel difficile en lien avec le déclin du troupeau de la rivière George[1], les autorités politiques innues ont tenu à exprimer de façon non-équivoque qu’ils n’approuvaient pas les actions des membres de la Nation qui cherchent à tirer profit de la vente de caribous qu’il s’agisse de la viande, des os, de la peau, de la graisse ou autres parties. La Nation Innue désapprouve toutes les tentatives visant la commercialisation du caribou (Atik). 

Les Chefs de la Nation Innue et l’ensemble des ÉluEs veulent rappeler à leurs membres l’importance de se rappeler les règles et pratiques de respect envers Atik. Dans cet esprit, les Chefs réaffirment les principes fondateurs[2] suivants :

  • Respectons et partageons collectivement Atik pour des fins de subsistance et de souveraineté alimentaire;
  • Respectons les liens qu’entretiennent les autres Premières Nations et Inuit avec Atik ;
  • Poursuivons notre lien et notre relation millénaire avec Atik ;
  • Poursuivons, pratiquons et transmettons nos savoirs innus ;
  • Fabriquons nos outils et vêtements en lien avec Atik ;
  • Conservons notre spiritualité en lien avec Atik.

L’occupation du territoire est dictée par des règles et pratiques héritées des générations précédentes. C’est à partir de cet héritage culturel qu’est basé notre relation avec Atik. Atik appartient au Maitre du caribou (Papakasiu). Il est en déclin au Mushuau-nipi, (rivière George) mais il est en meilleure condition en territoire cri et inuit (Baie-James). Dans ce contexte, les Chefs Innus invitent les membres de la Nation Innu à respecter les liens que les autres Premières Nations et Inuit entretiennent avec Atik mais aussi de perpétuer nos traditions avec honneur et dans le respect envers Atik.

Pour ces raisons, les Chefs Innus cherchent par des voies diplomatiques auprès des Cris et des Inuit des solutions politiques de Nation-à-Nation afin d’avoir accès à la ressource pour des fins sociales, culturelles et ce, en respectant le cadre des travaux de la Table ronde autochtone sur le caribou de la péninsule Ungava (TRACPU).

Rappelons qu’un des principaux enjeux soulevés par l’ensemble des partenaires de la TRACPU est celui du leadership de chacune des autorités autochtones à exercer et mettre en œuvre leur responsabilité de respect envers Atik (caribou) et surtout s’assurer de préserver un lien spirituel entre celui-ci et les divers groupes autochtones ; l’objectif au final étant d’assurer la pérennité de l’espèce.

[1] Malgré les préoccupations planétaires face au déclin du caribou sur l’ensemble de la planète, il nous appartient, Premières Nations et Inuit en lien avec Atik, de redonner au caribou sa noblesse en le protégeant en ce cycle de décroissance inquiétant.

[2] Nous invitons les lecteurs à lire – en annexe du présent communiqué – la Déclaration de la Nation Innue envers Atik. La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones demeure un document de référence à la présente Déclaration.

 

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Pour information : Chef Mike Mckenzie (Uashat mak Mani-utenam), Chef Denis Mestenapéo (Pakua Shipi), Chef Rodrigue Wapistan (Nutashkuan), Chef Jean-Charles Piétacho (Ekuanitshit), Chef René Simon (Pessamit), Chef Gilbert Dominique (Mashteuiatsh), Chef Martin Dufour (Essipit), Chef Alain Lalo (Unamen Shipu).

 

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Annexe

Déclaration de la Nation Innue envers Atik

2 décembre 2016

La Nation Innue[1] occupe une grande portion de la partie sud de la Péninsule Québec Labrador. La Nation Innue nomme ce territoire le Nitassinan. Les Innus ont survécu depuis des temps immémoriaux en relation avec ce Nitassinan et ses animaux, dont Atiku. La Nation Innue vit depuis des millénaires sur ce territoire et de ses ressources. L’utilisation et l’occupation du Nitassinan définissent notre espace de vie et notre environnement traditionnel et actuel.

Notre occupation du territoire est dictée par des règles et pratiques héritées des générations précédentes. C’est à partir de cet héritage culturel qu’est basé notre relation avec Atik. Atik appartient au Maitre du caribou (Papakasiu). Il est en déclin au Mushuau-nipi (rivière George) mais il est en meilleure condition en territoire cri et inuit (Baie-James). Nous devons respecter les liens que les autres Premières Nations et Inuit entretiennent avec Atik. Nous avons, nous Innus, une responsabilité d’une cohabitation durable avec celui-ci.

Nous espérons que la situation actuelle du déclin du troupeau de la rivière George ne survienne pas dans le futur à nos frères et sœurs cris et Inuit. Si par contre cela devait un jour arriver– à savoir que le troupeau de la rivière aux Feuilles soit en déclin et que celui de la rivière George se rétablisse – la Nation Innue serait alors au rendez-vous pour aider et collaborer avec les autres Premières Nations et Inuit. C’est dans cet esprit et cette réalité que doit se lire cette Déclaration.

Depuis plus de 500 ans, mais plus que jamais, cette relation avec le Nitassinan et ses ressources est –– fortement modifiée par la cohabitation avec les Kaikusseht. Il est donc primordial d’établir une nouvelle relation de collaboration basée sur la confiance afin de tout faire pour protéger notre lien et notre responsabilité envers Atik.

Afin que tous puissent se rappeler ces règles et pratiques, nous proposons les principes fondateurs[2] suivants :

  • Respectons et partageons collectivement Atik pour des fins de subsistances et de souveraineté alimentaire ;
  • Respectons les liens qu’entretiennent les autres Premières Nations et Inuit avec Atik ;
  • Poursuivons notre lien et notre relation millénaire avec Atik ;
  • Poursuivons, pratiquons et transmettons nos savoirs innus ;
  • Fabriquons nos outils et vêtements en lien avec Atik ;
  • Conservons notre spiritualité en lien avec Atik.

Enfin, en aucun cas, nous Innus, ne pouvons vendre Atik (qu’il s’agisse de la viande, des os, de la peau, de la graisse ou autres parties…) et la Nation Innue désapprouve toutes les tentatives visant sa commercialisation.

 

Nous avons l’obligation et le devoir de le faire.

Cela est de notre responsabilité collective en tant que Nation.

Nous devons avoir confiance en nous pour poursuivre l’affirmation et mise en pratique de cette Déclaration.

[1] La Nation Innue est composée de 11 communautés, dont neuf au Québec et deux au Labrador.

[2] La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones demeure également un document de référence à la présente Déclaration.