UN PAS IMPORTANT VERS L’UNITÉ DE LA NATION INNUE

Le 16 décembre 2013, les chefs des neuf communautés de la Nation Innue ont procédé à la signature d’une déclaration de renforcement de l’unité de la nation, lors d’une rencontre politique tenue à Uashat mak Mani-utenam.

Les neufs chefs des communautés de la Nation innue ont tous affirmé leur objectif de travailler ensemble au développement d’une gouvernance innue dans le but d’atteindre la reconnaissance de la Nation et l’autonomie de ses membres. Ce travail, amorcé par la signature de la déclaration de renforcement de l’unité de la Nation, sera guidé par une volonté commune du développement et de la protection du titre aborigène et des droits ancestraux innus.

Les neufs chefs se sont donnés quatre principes qui encadreront leur travail :

  1. Respect de la diversité des communautés membres de la Nation innue
  2. Respect du territoire ancestral de chaque communauté et du partage des territoires, lié à l’occupation continue par les familles
  3. Respect des démarches entreprises par chaque communauté
  4. Respect de la volonté populaire de la population de chaque communauté

De plus, lors de cette importante journée pour l’unité de la Nation innue, les chefs se sont engagés à tenir un sommet de la Nation innue à l’automne 2014, auquel seront invitées toutes les communautés innues.

En prévision de ce grand événement, un comité de travail regroupant des ressources de chaque communauté a rapidement été mis en place afin de voir à l’organisation du sommet et à identifier les enjeux communs qui devront faire l’objet de discussions.

 

LA NATION INNUE EST EN MARCHE

Cinq mois après leur première rencontre à Uashat mak Mani-utenam, où ils ont signé une déclaration de renforcement de l’unité de la nation, les chefs innus ont convoqué un Pré-Sommet qui s’est tenu le 29 mai 2014. Différents experts et membres de la société civile innue se sont retrouvés à ce Pré-Sommet, qui a eu lieu au Musée Shaputuan de Uashat, afin de faire le point sur la démarche de renforcement politique, avec pour objectif de planifier les prochaines étapes du processus.

Mise en place de Nation Innue

La mise en place de Nation Innue nécessite de nombreuses actions et tâches préalables et ce, dans différents champs d’action. Lors de la rencontre, le comité d’orientation a ciblé deux comités techniques à mettre en place rapidement afin d’assurer la réussite du processus : le comité des communications et celui des finances.

Des dossiers nationaux, jugés prioritaires, ont également été proposés par le comité d’orientation pour faire partie de la démarche de Nation Innue.  Ces dossiers sont : le caribou, l’éducation, le Golfe St-Laurent, la gouvernance, les mines, le Nord pour tous et le saumon. Deux chefs seront attitrés à chaque dossier en plus d’une équipe de travail en fonction des ressources mandatées par ces derniers.

Organisation du Sommet de la Nation

Lors de cette rencontre, les chefs ont confirmé leur mandat au comité d’orientation, soit celui de tenir un Sommet de la Nation à l’automne 2014. La logistique du Sommet a été confiée aux deux conseils tribaux Mamuitun et Mamit Innuaut en raison de leur expertise dans l’organisation d’événements régionaux d’envergure. Le comité d’orientation collaborera au contenu en partenariat avec les conseils tribaux.

Deux objectifs ont été mentionnés par les chefs pour le Sommet :

  1. Traiter des grands enjeux de la Nation (discussions entre élus, assistés des conseils tribaux et des organisations innues)
  2. Confirmer l’orientation de la constitution de Nation Innue

 

LA NATION INNUE EXIGE UNE TABLE QUÉBEC-INNUS

Lors de la troisième rencontre de Nation Innue, qui a regroupé les chefs des neufs Premières Nations innues, une lettre a été écrite à l’adresse de la première ministre du Québec, Mme Pauline Marois. Dans cette lettre, les chefs reprochent à la première ministre d’ignorer les droits de la Nation innue en matière de développement nordique. Ils exigent qu’elle reconnaisse leur statut distinct et qu’elle mette en place une table Québec-Innus qui fonctionnerait sur le principe d’une relation de Nation à Nation.

Cette table Québec-Innus, qui fonctionnerait indépendamment de la Table des partenaires mise en place par Québec dans le cadre du programme le Nord pour tous, permettrait de discuter du besoin de consentement des Premières Nations, de la protection de leur mode de vie, des choix à faire en matière de développement équilibré et durable, des conditions de réalisation des divers projets mis de l’avant, des modalités de participation au développement du territoire ainsi que d’investissements à long terme dans les communautés innues.

Une société distincte 

Les chefs des neuf Premières Nations innues affirment dans cette lettre qu’il est inconcevable que l’on ne tienne pas compte de leurs droits territoriaux, politiques et ancestraux dans le cadre du développement nordique. « Nous avons un titre aborigène et des droits ancestraux qui nous distinguent de toutes les autres composantes du milieu. Nous sommes un gouvernement ayant une responsabilité vis-à-vis nos membres et notre territoire! Aucune MRC, municipalité ou association ne peut prétendre avoir des droits comparables aux nôtres, et le gouvernement doit en tenir compte.» Les chefs insistent sur le fait que le Nord pour tous n’est pas l’endroit approprié pour discuter des titres et des droits ancestraux, tout en insistant pour que ceux-ci soient reconnus lorsqu’il s’agit du développement et de l’utilisation du Nitassinan (territoire traditionnel) des Innus.

Pas de développement sans les Innus

Les chefs tiennent à rappeler qu’ils ne s’opposent pas au développement et à l’utilisation des ressources naturelles de leur Nitassinan mais affirment que le Nord pour tous ne se réalisera pas sans la participation des Innus. Ces derniers demandent à ce qu’une rencontre soit organisée dans les plus brefs délais afin de structurer cette nouvelle relation et de jeter les bases devant guider le développement et la protection de leur Nitassinan. « Les investisseurs détestent l’incertitude politique et économique, notamment celles causées par les droits ancestraux autochtones » affirment les chefs. Il n’en tient qu’au gouvernement du Québec de tout mettre en œuvre afin que ces droits soient considérés.

Respect et partenariat

Dans leur lettre à la première ministre, les chefs indiquent être convaincus que les leaders politiques des Nations innue et québécoise ont le devoir de travailler ensemble à l’amélioration du futur, et que cela doit se faire dans un esprit de cohabitation et de coexistence entre deux peuples sur un même territoire. Un territoire qu’ils disent vouloir partager à condition que cela se fasse de façon respectueuse et dans une perspective de partenariat entre gouvernements.

En résumé :

  1. Les neuf Premières Nations innues du Québec ont formé Nation Innue.
  2. Il est désormais possible de s’attaquer ensemble aux dossiers prioritaires auxquels fait face la Nation innue.
  3. Lors de la troisième rencontre, tenue en février 2014, les chefs ont écrit une lettre à la première ministre Pauline Marois.
  4. Dans cette lettre, ils exigent que Madame Marois cesse de considérer le peuple innu au même titre que n’importe quel autre partenaire du programme le Nord pour tous.
  5. Les chefs exigent que la première ministre reconnaisse leur statut distinct dans le développement nordique et qu’elle mette en place une table Québec-Innus fonctionnant sur le principe d’une relation de Nation à Nation.
  6. Le développement nordique et le programme le Nord pour tous ne se réaliseront pas sans la participation des Innus, affirment les chefs.
  7. Les chefs réaffirment qu’il faut tenir compte des droits territoriaux, politiques et ancestraux des Premières Nations innues du Québec dans le cadre du développement nordique.
  8. Aucune MRC, municipalité ou association ne peut prétendre avoir des droits comparables aux nôtres. Nous sommes un gouvernement ayant une responsabilité vis-à-vis nos membres et notre territoire.
  9. Les chefs ne s’opposent pas au développement et à l’utilisation des ressources naturelles de leur Nitassinan à condition que le tout se fasse à l’intérieur d’une relation mutuellement respectueuse et dans une perspective de partenariat entre gouvernements égaux. Ils affirment que ce développement doit se faire de façon équilibrée et durable, tout en assurant la protection du mode de vie des Innus.
  10. Les chefs exigent une rencontre avec la première ministre le plus rapidement possible afin de discuter de la question.

 

 DÉCLARATION DES CHEFS